Le mystère de la chambre noire

Un mystère

Depuis ma tendre enfance se trouvait dans la maison une petite pièce sans fenêtre et strictement interdite d’accès, plus particulièrement lorsque mon père s’y trouvait. Rien moins pour exciter ma curiosité, ce petit « local à archives » destiné au départ à devenir des toilettes devint progressivement un labo photo. Mon père en ressortait avec de grandes bobines qu’il suspendait un peu partout, examinait minutieusement aussitôt. Parfois c’était des tirages noir et blanc plus ou moins grands, au parfum acétique, qui émergeaient à la lumière, dont ma sœur et moi étions parfois les sujets.
Un jour d’été, je fus enfin autorisée à entrer puis suivre le processus de développement. L’odeur des bains, la couleur de l’ampoule inactinique, la chaleur des lampes, le sons des minuteurs, et la magie de l’image naissante furent une révélation.
On m’avait offert un petit appareil compact Fujica (argentique bien sûr !!!!) pour mes 10 ans (si mes souvenirs sont bons) et je fis mes premiers pas avec lui. Tentant ici un paysage, là un portrait, immortalisant quelques souvenirs de vacances, cet appareil était un excellent compromis pour apprendre à maîtriser les bases de la photo : optique 38 mm 1:4, possibilité de choisir entre 2 gammes d’isos, mise au point manuelle simplifiée, petit flash intégré. Sympa !

premier réflex

Puis vint l’âge où quelques sous en poches, la tentation d’un réflex s’est fait sentir. L’achat d’un olympus OM707 de fin de série en 1991, s’avéra un échec. Pas de touche de profondeur de champ, mode automatique prépondérant me furent, entre autres, rédhibitoires. Je me mis alors en quête de l’appareil de mes rêves, épluchant consciencieusement tout Chasseur d’Images passant sous mes yeux. Mon choix se porta sur le Nikon F3.

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Sur le terrain
© Sylvie Caux

S’ensuivirent, dès que l’occasion se présentait, des recherches effrénées dans les magasins photo, au rayon des occasions. La patience et la chance faisant le reste, en août 1992, je craquais pour un splendide F3HP dans une petite boutique nantaise, associé à un 50 mm F1,8. La liberté d’action avec cet appareil fut complète. Viseur somptueux (avez-vous testé ?!) avec verres de visées interchangeables, fabrication robuste (indispensable...), débrayable totalement.

Prises de vues

Parallèlement, mes études s’orientent sur les grands thèmes de l’environnement, l’aménagement et le paysage. Mes loisirs étant principalement orientés vers la recherche maladive de fossiles dans les grandes cultures des plaines vendéennes et l’observation des oiseaux (à peu près aux mêmes endroits... mais parfois aussi sur le littoral).
Prises en négatif couleur, tirées sur papier, je fis rapidement le choix de photographier sur diapositive, pour une meilleure restitution des couleurs et du noir et blanc. Les sujets étaient alors essentiellement centrés sur l’architecture, les petits voyages, les chantiers bénévoles, le temps m’étant compté.

Nature captive

C’est lors de mes premières missions professionnelles que le goût de la photo nature s’est réellement développée, avec l’acquisition, notamment, d’un soufflet macro (j’avoue, pas toujours très maniable...) puis plus tard d’un objectif macro 90 mm Soligor, d’une qualité étonnamment bonne. Flore, paysages, faune ...
Essayer de retranscrire l’originalité de chaque lieux et le faire découvrir à ses occupants par mon regard fut une vraie surprise et un réel bonheur. J’ai pu l’éprouver en Lorraine, où j’ai eu la chance de passer quelques mois d’étude sur 6 communes du val et des Côtes de Meuse au sud de Verdun.
Aujourd’hui, je poursuis toujours cette recherche en tentant de dompter la lumière, celle qui saura faire ressortir les éléments, celle qui renforce les traits de caractère ou les adoucit... Le passage au numérique fut un choix difficile, tant j’étais attachée au film, à ses rendus (et peut-être aussi aux particularités de ce qu’on appelle aujourd’hui le plein format 24x36). Mais les avantages du capteur ont eu raisons de mes réticences en 2005-2006, tout d’abord avec un compact, puis un réflex.
Flore des bords de chemins, insectes virevoltants, bocage, plaines ou montagnes, eaux vives ou eaux douces, petit patrimoine rural se gravent en un claquement sur le capteur pour un moment ou une éternité.

, par gaelle